Mono no aware (物の哀れ) est cette conscience douce et douce-amère que toute chose passe, et l'émotion tendre que cette fugacité éveille. Souvent traduit par « le pathos des choses » ou « une empathie envers les choses », il nomme la douleur discrète de la beauté, précisément parce qu'elle ne peut durer. C'est peut-être le courant le plus profond de toute la sensibilité esthétique japonaise.
Le pathos des choses
L'expression associe mono (物), « les choses », à aware, une vieille exclamation d'émotion, un doux « ah » du cœur. Ensemble, elles décrivent le sentiment qui monte quand on perçoit le caractère éphémère du monde : regarder tomber les fleurs de cerisier, entendre la dernière cigale de l'été, sentir un enfant grandir, remarquer qu'un instant qu'on vit déjà nous échappe. Ce n'est pas du désespoir. C'est une tristesse sensible et consentante, traversée de gratitude, une façon d'aimer les choses davantage parce qu'elles sont impermanentes, et non moins.
“Une tristesse sans désespoir — approfondie, non gâchée, par le fait de savoir que tout finit.”
Du Dit du Genji à la fleur qui tombe
L'idée irrigue profondément la littérature classique, surtout le Dit du Genji du XIe siècle, dont la sensibilité mélancolique à l'amour, à la beauté et au temps qui passent, le lettré Motoori Norinaga a nommée au XVIIIe siècle mono no aware, en faisant la clé de l'esprit littéraire japonais. Elle s'enracine dans le sens bouddhiste de mujō (無常), l'impermanence, et se manifeste avec le plus d'éclat dans l'amour national pour la fleur de cerisier : on chérit la fleur non pas malgré le fait qu'elle ne fleurisse que quelques jours, mais à cause de cela. Ressentir le mono no aware, c'est tenir dans un même souffle la beauté et sa perte.
Mots et expressions à retenir
Idiomes et proverbes à emporter
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儚い (hakanai) : « fugace, éphémère, passager » ; l'adjectif le plus étroitement lié au mono no aware, qui décrit la rosée, les fleurs, les rêves et la vie elle-même.
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無常 (mujō) : « impermanence », la vérité bouddhiste selon laquelle rien ne dure, le terreau philosophique d'où le mono no aware naît comme sentiment.