Érudit
Motoori Norinaga
本居宣長 · 1730–1801 · Époque d'Edo
Motoori Norinaga (本居宣長) était un érudit de l'époque d'Edo qui passa sa vie à lire de vieux textes japonais en se demandant ce qui les rendait japonais. Il exerçait la médecine le jour, mais son vrai travail se faisait avec les mots, et il donna un nom à l'une des idées les plus importantes du goût japonais.
Un médecin qui vivait pour lire
Norinaga gagnait sa vie comme médecin dans une petite ville, recevant des patients le jour et étudiant la nuit. Il appartenait à un mouvement appelé kokugaku, « l'étude nationale », dont les érudits voulaient regarder au-delà de siècles d'influence chinoise et bouddhiste pour retrouver une façon de ressentir plus ancienne et purement japonaise. Son grand œuvre fut le Kojiki, le plus ancien livre du Japon ; il passa plus de trente ans à en écrire un commentaire ligne par ligne, apprenant aux gens à lire un texte que presque plus personne ne pouvait comprendre.
Nommer un sentiment
En lisant Le Dit du Genji, le roman de cour vieux de mille ans, Norinaga mit le doigt sur le sentiment qui le traverse de bout en bout et lui donna un nom : mono no aware, « le pathos des choses », la douce tristesse que l'on ressent parce que rien ne dure. Il soutenait que cette réponse discrète et tendre à un monde qui passe, et non des leçons morales, était le véritable cœur de la littérature japonaise. C'est encore aujourd'hui l'une des expressions les plus utiles pour comprendre l'art japonais et son amour des choses qui s'estompent.
Portrait: Motoori Norinaga (self-portrait) · Public domain · via Wikimedia Commons