Le kintsugi (金継ぎ, « jointure d'or ») est l'art japonais de réparer la céramique brisée avec de la laque saupoudrée ou mélangée à de la poudre d'or. Plutôt que de cacher le dommage, le réparateur retrace chaque fissure d'une veine métallique éclatante, de sorte que le bol réparé porte des veines dorées luisantes là où il s'était brisé. La cassure devient la partie la plus belle de l'objet.
Il est étroitement lié à deux idées déjà familières dans l'esthétique japonaise : le wabi-sabi, l'amour de l'imparfait et du patiné, et le mottainai (勿体無い), ce sentiment que gaspiller est une honte. Mieux vaut restaurer avec amour une chose chérie que la jeter pour en acheter une neuve.
Une brève histoire
Une histoire populaire situe la pratique au XVe siècle, quand le shogun Ashikaga Yoshimasa aurait envoyé un bol à thé abîmé en Chine pour réparation, et l'aurait reçu en retour agrafé de vilaines pinces métalliques. Mécontents, les artisans japonais ont cherché une méthode de réparation qui soit elle-même belle, et le kintsugi est né. Ce bol même, le céladon Bakōhan (« pinces-pattes de sauterelle »), est conservé au Musée national de Tokyo, ses agrafes de fer toujours en place : la réparation imparfaite à laquelle cet art a fini par répondre. Dans le monde de la cérémonie du thé, un bol célèbre réparé à l'or pouvait devenir plus précieux, et non moins, ses cicatrices étant la trace de sa survie et du soin qu'on lui a porté.
“La cassure devient la plus belle partie de l’objet.”
Peut-on le faire soi-même ?
Oui, et c'est devenu un artisanat populaire, avec deux voies distinctes.
- Traditionnel (hon-kintsugi). La vraie méthode utilise de l'urushi (漆), une laque naturelle, à chaque étape : les fissures sont collées avec du mugi-urushi (laque + farine de blé), les éclats sont comblés avec du sabi-urushi (laque + poudre d'argile tonoko), et un éclat manquant peut être remplacé par un fragment d'un autre récipient (yobitsugi). De la vraie poudre d'or (金粉, kinpun), ou d'argent, est saupoudrée sur une dernière couche de laque encore collante. Les outils sont simples : une spatule en bambou, des pinceaux fins, et un muro, une boîte humide où la laque durcit. Deux précautions : l'urushi brut peut provoquer, tant qu'il n'a pas séché, une éruption cutanée comparable à celle du sumac vénéneux, et le travail prend des semaines, voire des mois, car chaque couche doit durcir lentement. Durable, sans danger au contact alimentaire, véritablement permanent.
- Kits pour débutants (faux kintsugi). Les coffrets largement vendus remplacent l'urushi et l'or véritable par de l'époxy ou de la résine synthétique et une poudre dorée en laiton ou mica. Ils se terminent en un jour ou deux et coûtent bien moins cher, une excellente façon d'apprendre le geste, mais ne sont pas sans danger au contact alimentaire et ne dureront pas comme la vraie méthode.
Pour le véritable artisanat, des ateliers ont lieu à Kyoto, Tokyo, et surtout à Kanazawa, la ville qui produit presque toute la feuille d'or du Japon.
Mots et expressions à retenir
Idiomes et proverbes à emporter
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金継ぎ / 金繕い (kintsugi / kintsukuroi) : deux noms pour le même art ; -tsugi veut dire « jointure », -tsukuroi « réparation ».
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雨降って地固まる (ame futte ji katamaru) : « après la pluie, le sol durcit ». Une épreuve, une fois traversée, laisse les choses plus solides qu'avant : l'esprit même que le kintsugi rend visible.